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témoignages cathartiques et hommage aux victimes



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Au procès des attentats du 13 novembre 2015, les survivants et proches des victimes du Bataclan ont continué de raconter l’horreur de l’attaque et leurs difficultés à se reconstruire, ce jeudi 14 octobre. Alors que Veronique est venue évoquer le souvenir de sa fille Claire, et la douleur de n’avoir eu aucun détail sur la mort de sa fille unique qu’elle a élevée seule, la rescapée Marie a aussi exigé de raconter les horreurs de l’attaque et de voir un ami mourir dans ses bras.

Avec Laura Martel, du service France de RFI

Véronique a fait part de la douleur de la perte qui a « dévoré son cœur », a-t-elle répété plusieurs fois pendant l’audition du procès des attentats du 13-Novembre. À cela, s’est ajouté celle d’avoir dû attendre le 19 novembre pour voir confirmé le décès de sa fille, et de ne toujours pas connaitre les circonstances de sa mort six ans après, malgré de nombreuses relances à l’institut médico-légal (IML). Témoigner était pour elle une nécessité.


Ce n’est ni un soulagement, ni un aboutissement. C’est quelque chose que je me devais de faire, pour ma fille, comme une mission aussi que je m’étais fixée, de rester debout pendant toutes ces années, de ne pas baisser les bras ou d’être trop anéantie par le chagrin. Ce qui me tenait à cœur c’était de faire honneur à ma fille, que son nom soit prononcé, qu’on puisse se rendre compte de qui elle était. Mon cœur est dévoré, cette fresque m’a apparu comme ça, et ce n’est pas que mon cœur : ma tête aussi, tous mes membres. Cette image est due à la quête de vérité, qui est tellement intense… Et puis ce sentiment d’abandon, par rapport à ce que ma fille a pu vivre : ne pas connaître comment elle était décédée, si l’agonie a été longue… Ce qui a dévoré mon cœur est de sentir qu’elle a été abandonnée. Même moi je sens que je l’ai abandonnée aussi, puisque j’ai pas été capable de taper sur les portes de l’IML suffisamment fort pour qu’on m’entende, alors que j’ai dû essayé de comprendre par moi-même, de bouger… Et cela m’a dévoré entièrement.

Pour Véronique, témoigner au procès du 13-Novembre était une «mission» pour sa fille unique, décédée au Bataclan

Parmi les rescapés, Marie a raconté comment « on a refermé le cercueil de Romain avec moi dedans », a notamment déclaré avec émotion cette jeune femme aux cheveux parsemés de mèches roses, évoquant un ami mort dans ses bras. Malgré l’ampleur de son traumatisme, elle avait à cœur d’être « actrice » et non pas « figurante » de ce procès.


Tout ce que je voulais était d’être inscrite dans les minutes du procès, que mon ami qui est décédé dans mes bras soit inscrit aussi. Cela me semblait assez important pour moi, j’aimerais qu’on inscrive tout le monde qui a été impacté. Ma vie a été détruite, j’ai conclu mon intervention par le fait que ma force vitale est restée dans le Bataclan, et que je suis un tas de cendres. C’est une jolie figure de style pour certains mais c’est vraiment mon sentiment, et j’ai un gros doute sur le fait que je sois la seule. Donc j’espère que cela aidera les victimes qui n’ont pas eu l’énergie de témoigner, j’espère que ça aidera le public à comprendre ce qui se passe, et à faire avancer les pouvoirs publics sur les prises en charges des traumatismes psychologiques. Pour les témoignages, c’est fait : c’était un gros morceau, mais comme j’ai été actrice de ce drame, je ne voulais pas être figurante du procès.

Marie, rescapée du Bataclan, voulait être «actrice» et non pas «figurante» du procès du 13-Novembre

 À lire aussi : Entretien, Procès du 13-Novembre, semaine 5: témoigner pour réaffirmer une individualité niée



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