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Vaccination contre le Covid-19: les dérives du professeur Raoult



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La désinformation sur les vaccins contre le Covid-19 continue de faire des ravages. Alors que l’on observe une très forte proportion de non-vaccinés parmi les cas d’infection les plus sévères, le professeur Didier Raoult est venu cette semaine apporter de l’eau au moulin des antivax, reprochant aux vaccins d’avoir « augmenté l’épidémie ». Une déclaration qui ne s’appuie pourtant sur aucune démonstration scientifique.  

Ce sont des arguments totalement fallacieux qui ont conduit cette semaine Didier Raoult à multiplier les contre-vérités, à la fois sur la chaîne YouTube de l’Institut hospitalo-universitaire de Marseille et dans une émission radio grand public, avec à la clef des millions de vues et de partages sur les réseaux sociaux. « Comment expliquer que c’est dans les pays où l’on a le plus vacciné qu’il y a le plus de cas » ?, interroge le professeur Raoult. Interrogation purement rhétorique débouchant sur la conclusion que le vaccin « a augmenté l’épidémie ». Le questionnement est à ce point biaisé qu’il suffit d’en inverser les termes pour corriger le raisonnement : c’est plus souvent dans les pays où les populations étaient les plus menacées, les plus affectées, que les campagnes de vaccination ont été les plus intenses, et non l’inverse.

Des allégations non fondées

Didier Raoult s’appuie sur un autre argument pour incriminer la vaccination. Selon lui, une proportion importante des vaccinés testés positifs le seraient dans un intervalle de temps très court après l’injection. Une observation sans portée scientifique, car aucunes données statistiques ne permettent à l’heure actuelle de quantifier ce phénomène à grande échelle. Didier Raoult part donc d’un faux constat. À partir du moment où la population vaccinée est devenue largement majoritaire, comme en France, lorsque la campagne de rappel a été lancée, étant donnée la contagiosité extrême du variant Omicron, il n’y a rien d’étonnant à ce que l’on observe de nombreux cas positifs chez des personnes venant de recevoir une dose. Mais rien ne permet d’établir un lien de cause à effet.

L’hypothèse non vérifiée de l’infection facilitée par les anticorps

Le professeur Raoult se réfère néanmoins à l’hypothèse des anticorps facilitants, un phénomène de complication que l’on a pu observer par exemple dans le cas de la dengue. Les chercheurs se sont penchés sur ce problème désigné par l’acronyme ADE (antibody-dependant enhancement). Mais les conclusions de leurs travaux ne vont pas dans le sens des déclarations du professeur Raoult. Loin d’être négligée, cette piste a été étudiée, comme le relate l’article de Stéphane Korsia-Meffre, paru le 3 novembre 2020 sur le site médical Vidal, mis à jour le 10 janvier 2022 : « Après un an d’administration des vaccins contre la Covid-19, sur plus de quatre milliards de personnes à travers le monde, aucun événement de maladie aggravée associée à la vaccination n’a été observé parmi les personnes infectées malgré la vaccination. Au contraire, lors d’infections perthérapeutiques (« breakthrough infections », malgré le vaccin), la masse des données pointent vers une réduction de la sévérité des symptômes chez les personnes vaccinées. »

Autrement dit, ce qui peut se produire dans le cas de la dengue, par exemple, n’est pas forcément transposable au Covid-19. Aucune publication n’a pu établir le fait qu’en vaccinant on augmenterait l’infection, au lieu de l’éviter ou l’atténuer. C’est même le contraire qui a été prouvé, comme on peut le lire sur le blog de Derek Lowe pour le magazine Science, où plusieurs études sont analysées. Les travaux entrepris ont montré que si ce mode d’infection par anticorps facilitants avait pu se produire in vitro-en laboratoire, c’est tout le contraire in vivo, rien de tel n’a pour l’instant été détecté, ni chez l’animal, ni chez l’homme. Et toute l’expérience accumulée avec les campagnes de vaccinations menées dans le monde montre bel et bien que les vaccins permettent de réduire considérablement les cas les plus graves. Début janvier en France, sur un million de non-vaccinés, on enregistrait chaque jour en moyenne 26 personnes en réanimation, moyenne tombant à 1,5 chez les vaccinés. Graphiques à l’appui, les Décodeurs du Monde montrent, dans l’édition du 4 janvier 2022, que « la majorité des patients en réanimation sont bien non vaccinés », dans un article qui met en garde contre l’interprétation parfois erronée des chiffres de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques).

Faire le buzz coûte que coûte

Difficile de comprendre ce qui justifie une telle prise de position de la part de quelqu’un qui a pu être considéré comme un grand scientifique français, un grand praticien. Mais force est de constater que Didier Raoult multiplie les erreurs depuis l’émergence de ce coronavirus, qu’il a dès le début présenté comme « l’infection respiratoire la plus facile à traiter », comme le rappellent Ariane Chemin et Gilles Rof dans leur enquête pour le Monde intitulée « Jusqu’où ira Didier Raoult, l’idole des antivax qui s’accroche à son poste ? ». Malheureusement, plus personne ne parle aujourd’hui de son protocole à base d’hydroxychloroquine, hors des cercles conspirationnistes. Plus ça va, plus Didier Raoult s’enferre dans l’argumentaire, de celui qui – seul contre tous – connaît la solution. Il est vrai que cette posture qu’il adopte sur les plateaux de certaines émissions en recherche d’audience lui ont permis de recueillir plus de deux millions de vues sur sa chaîne YouTube. Quelle que soit la justesse de ses observations sur la puissance des grands laboratoires, source de potentiels conflits d’intérêt, la crédibilité de ses assertions est aujourd’hui bien entamée sur le plan scientifique.



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